Ce dimanche 11 octobre, soit deux jours après la catastrophe, l’influenceuse panaméenne Gracie Bon a publié sur son compte Instagram une série de photos prises au milieu des décombres au Panama. Sur les clichés, on la découvre posant parmi les gravats, les lits brisés et les restes de bâtiments détruits dans son pays. En légende, elle a écrit : « La réalité de mon pays 💔 après le séisme. Il faut se rappeler que le matériel se récupère, mais que la vie n’a pas de prix. Vivons le présent, soyons reconnaissants pour ce que nous avons et tendons la main à ceux qui en ont besoin aujourd’hui. Sois fort Panama, on va s’en sortir ». Voilà posés, dans l’ordre, les deux faits à l’origine de toute la polémique.

 

La vague de critiques sur les réseaux sociaux

Les photos n’ont pas du tout eu l’effet escompté par l’influenceuse panaméenne. Ses abonnés et les internautes, notamment sur Instagram et sur X (ex-Twitter), se sont déchaînés dans les commentaires, au Panama comme dans le reste du monde. La question posée par la majorité d’entre eux est simple : pourquoi prendre des poses soignées au milieu d’un site de catastrophe, là où des familles panaméennes viennent de tout perdre ? Le contraste entre le drame humain et l’esthétique des clichés a choqué une grande partie du public. En quelques heures, la polémique a fait le tour des réseaux sociaux et de la presse internationale.

Face à cette tempête, Gracie Bon a réagi en vidéo adressée à ses millions d’abonnés. Sa défense tient en trois points essentiels. Premièrement, elle affirme s’être rendue sur les lieux de la destruction au Panama pour faire des dons aux familles sinistrées et tenter de les aider à reconstruire leurs vies. Deuxièmement, elle assure qu’elle ne posait pas, mais qu’elle a choisi d’apparaître sur les photos pour donner plus de portée à son message et inspirer ses followers à aider les victimes. Troisièmement, elle estime que la situation dramatique du Panama n’était pas suffisamment montrée par certains médias, et que ses clichés avaient pour but de révéler la réalité de son pays.

Qui est Gracie Bon, la femme au centre de la polémique ?

Gracie Bon, de son vrai nom Gracie Bonilla, est une créatrice de contenu panaméenne très populaire sur Instagram, où elle dépasse les 11 millions d’abonnés. Autrement dit, elle possède une audience plus importante que celle de nombreux médias traditionnels du Panama. À chaque publication, ses photos peuvent être vues par des millions de personnes en quelques heures, partout dans le monde. Cette influence lui confère un pouvoir de sensibilisation considérable, mais aussi une responsabilité. C’est précisément cette responsabilité que ses critiques estiment qu’elle a bafouée.

Dans ses stories Instagram, l’influenceuse panaméenne est allée encore plus loin dans sa défense. « Je ne pose pas. Simplement, j’apparais dans la photo de mon post. Si je n’y étais pas apparue, la photo aurait-elle été plus acceptable pour vous ? », a-t-elle lancé, ajoutant qu’une photo avec son visage a plus d’impact sur ses réseaux qu’une simple image des dégâts constatés au Panama. Elle affirme également ne pas monétiser la situation, c’est-à-dire ne pas tirer de revenus de ce drame. Et elle n’a pas mâché ses mots envers ses détracteurs : « Vous avez un cœur abîmé qui préfère insulter plutôt que d’aider la cause ».

La leçon à retenir pour nous, Gabonais

Cette polémique panaméenne nous interpelle directement, nous qui vivons également dans une région du monde exposée aux drames collectifs. Elle pose une vraie question de société : où s’arrête la sensibilisation et où commence l’exploitation de la misère ? Pour un influenceur, montrer sa présence sur le terrain peut effectivement attirer l’attention et mobiliser des dons. Mais le faire avec des poses soignées peut aussi donner l’impression d’instrumentaliser la douleur des autres pour soigner son image. La frontière entre les deux est parfois ténue, et c’est au public de garder son esprit critique.

L’autre enseignement, c’est que les réseaux sociaux ne pardonnent rien aux personnalités publiques. Une publication mal calibrée peut transformer une intention généreuse en scandale planétaire en quelques heures, comme cela vient de se produire au Panama. Pour les créateurs de contenu gabonais, de plus en plus nombreux et écoutés, c’est un rappel utile : la visibilité s’accompagne d’une responsabilité morale envers ceux qu’on filme et ceux qu’on mobilise. Quant à Gracie Bon, elle a annoncé qu’elle poursuivrait ses actions de soutien aux sinistrés panaméens, indifférente selon elle à la controverse. Affaire à suivre.