Mercredi 18 janvier, 2012

A la rencontre de SHOGUN, Beatmaker gabonais au Canada

shogun

Beaucoup connaissent son nom mais peu le connaissent. Transfuge du groupe Siya’a Posi, Nyabinghi soldat dans l’âme, SHOGUN aka Maitre Engone Endong est un beatmaker gabonais vivant au Canada.

Pour rappel, c’est à lui qu’on doit la musique du classique Invasion Barbare du collectif du même nom; c’est certainement sa Production la plus connue du grand public local mais loin d’être la seule.

A le voir l’homme semble tout droit sorti d’un clip de New Soul d’une Erykah Badu autant qu’il rappelle les ambiances yardies des Dancehall jamaicain. SHOGUN est pourtant très attaché à sa culture et c’est ce mélange des genres qui fait de lui un artiste spécial que nous avons voulu présenter à ceux qui ne le connaissent pas encore. Genre de hippie des temps modernes fan de rap, de rock, de soul d’afrobeat, l’homme  touche à tout et il a bien voulu, le temps d’un entretien, nous inviter dans son monde surréaliste

LBVGROOVE: D’abord bonjour et merci d’avoir bien voulu te prêter aux jeux des questions réponses, pourrais-tu te présenter pour ceux-là qui ne te connaissent pas?

SHOGUN: Mbolouani, amis-de-je, certains me connaissent sous le nom de SHOGUN, ou encore Maitre Fela, Engone Endong. Je suis également celui qui se cache derrière le groupe imaginaire, Asie Sun Orchestra.

LBVGROOVE: Beaucoup t’ont assimilé à un membre du Zorbam, pour d’autres tu es un  produit du Siyafrikafunk. Parles-nous de tes liens avec ces entités

 SHOGUN: Siyafrikafunk, label fondé et géré par le Siya Po’ossi X, est celui qui m’a permis de faire mes premiers pas dans l’univers de la musique et du Hip-Hop en particulier. C’est là que j’ai découvert que j’avais un intérêt pour la production et surtout pour cette manière de travailler, un peu spécial, qui est encore un peu la mienne aujourd’hui (samplers, appareils analogiques, bidules qui font beaucoup de bruits, etc…) .

Sous l’impulsion de Double Pee, mon mentor, j’ai eu l’opportunité de travailler et de côtoyer des artistes qui étaient des héros pour moi (Syndikat des Kayats, ma tante Nanette, N.A.F, etc..). Ca été véritablement la structure qui m’a permis aussi de comprendre l’importance de valoriser et de vulgariser la culture gabonaise à travers l’utilisation de samples issus du folklore culturel ou encore de composer des trames originales qui permettraient aux artistes d’aiguiser leur Verbe.  J’étais un « élément » assez spécial parce que je me suis amené là avec un autre  genre de musique que j’écoutais tous les jours (Nirvana, Oasis, Sinclair, Digable Planets, Blur). Double Pee m’a toujours encouragé à être très ouvert musicalement, un impératif pour toute personne qui se prétend artiste, tout en gardant sa propre culture comme socle ou rampe de lancement, si vous voulez.

Quant à Zorbam, c’est une autre histoire de famille, vu qu’on partageait très souvent le même local de production. J’ai connu, tout d’abord Movaizhaleine, et plus particulièrement Ekomy Ndong à l’époque de « Mission a Mbeng » (en K7), un album intemporel, un rare monument dans l’Histoire du Hip-Hop gabonais. « Anaconda« , « Gardiens du Temple« , « O nto fas,  Je peux encore intégralement les rapper. En treillis militaire s’il vous plait! (rires).
Nous sommes alors à la fin des années 90 et c’est  à leur contact que j’ai embrassé le combat pour la Renaissance Africaine, la Réhabilitation du Patrimoine Ancestral et compris la nécessite d’une Rééducation Populaire. A travers la recherche, la maitrise et l’enseignement « de secrets » non inclus dans les manuels scolaires, est devenu mon leitmotiv.
A l’instar du Wu-Tang aux Etats-Unis (j’étais un très grand fan de Tru Master!), faire passer des messages éducatifs et revendicateurs par le biais de la musique, à travers des productions et des beats originaux, étaient devenu un agréable challenge quotidien. Donc Maat Seigneur Lion, Bujulynx, Keza, Iseehigh, Why Damaja, etc  sont des frères pour moi.

J’ai récemment travaillé avec un excellent poète de Nyabinghi Poésie, Princio Khemitroots, et ensemble nous avons réalisé « Origine« , que beaucoup considèrent comme un petit chef d’œuvre, tant au niveau lyrical qu’instrumental. Princio représente bien cette nouvelle génération de Lumière, armée du Savoir académique universitaire et traditionnelle, que nous aimerions voir encore plus grande. Cela laisse entrevoir un avenir intéressant.

LBVGROOVE: Ta musique semble très expérimentale, on dirait que tu es en permanence à la recherche de quelque chose? D’un genre de syncrétisme musical, Qu’en dis-tu?

 SHOGUN: Expérimentale, peut-être, mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’un artiste fait ce qu’il ressent. Même en étant unique, notre Etre tant à se rapprocher de certaines Couleurs, existantes, a s’en imprégner. Comme un enfant. Et parfois, on a du mal à comprendre que tout le monde ne peut aimer la même chose. Ce serait même dangereux, je pense, d’un point de vue créatif (#OBEY!!)

Mes héros dans la musique vont de Sun Ra à Alice Coltrane, de Flying Lotus à Bjork en passant par Fela Kuti et Tony Allen. Sans oublier Mvomo Eko et Madlib. Ce sont des gens qui ont été leur propre mouvement, en harmonie avec leur Art et qui l’ont porté à des endroits insoupçonnés. Expérimentale, probablement, parce que je suis curieux de nature.  Comme une formule mathématique et son application dans divers variantes de la Physique. Si on a l’opportunité de partager avec le monde les Vibrations qui nous animent, il faudrait ne pas hésiter.  Le désir d’apprendre et d’instruire est certainement ce qui a permis aux Civilisations d’avancer. L’Humanité a pris naissance en Afrique. Ce qui revient à dire que tout ce qu’il y’a dans ce monde est issu de la Mère de l’Humanité. Assembler alors des choses est donc certainement repartir vers un schéma d’unité-un.

LBVGROOVE: A l’heure où les beatmakers locaux semblent enfin sortir de l’ombre, et dans un contexte où les labels recherchent sans cesse des productions faciles et commerciales, n’as-tu pas peur d’être incompris, de devenir un marginal?

 SHOGUN: Non, vraiment pas. J’ai eu l’opportunité de discuter un peu avec Damian Marley, lors de son passage à Montréal, et ayant abordé ce point  il m’a conseillé de toujours faire ce que je sens. C’est un conseil que j’ai bien l’intention de suivre. Je connais personnellement une artiste peintre gabonaise, installée à New York, Aida Toure, dont l’Art, pourtant intime et fortement enraciné dans la Lumière de sa personne, a suscité un intérêt très prononcé lors d’un show dont elle était la principale figure. Et pour moi, c’est cela l’Art en général: on vibre, on contemple, on engendre, on partage, on éduque et on se retrouve. Dans les années 60, aux Etats-Unis, Horace Tapscott, pianiste et compositeur noir de jazz, a réussi à créer un courant identitaire à travers son instrument, et a cultivé sa communauté. Il n’appartenait à aucun standard en termes de musique populaire. Il n’a pas toujours été compris. Mais, ses œuvres restent des incontournables quand on parle de droit des minorités, à cette époque-là.

LBVGROOVE: Je vois que tu as une grande connaissance de l’histoire de la musique, Qu’est-ce que tu écoutes comme musique?

SHOGUN: J’écoute des choses qui me permettront d’apprendre quelque chose et d’être meilleur. Donc ça passe par le Jazz, la musique électronique de Bristol ou de Los Angeles, du reggae, bossanova, etc. Un peu de tout en même temps, en fait.

LBVGROOVE: Et en matière de musique gabonaise, toutes catégories confondues?

 SHOGUN: Beaucoup de musiques traditionnelles des différentes régions de notre pays, essentiellement. Mais sinon, Nicole Amogho, je l’adore (faut lui dire ça, paaaaardon!)

LBVGROOVE: Des projets en vue?

 SHOGUN:  Dans l’immédiat, l’actualité, c’est l’album « Colored Dust » par Atsie Sun Orchestra, dont la version allégée est toujours en téléchargement gratuit sur http://www.endong.bandcamp.com

La version complète de l’album, qui sera vraisemblablement la première sortie officielle de mon label, EngongHitek Reekordz, qui est prévu avant la fin du premier semestre 2012 et sera disponible en version limitée. De belles surprises à ce niveau. Quelques collaborations, aussi, avec des artistes issus de tous les horizons. C’est assez varié et ce n’est pas que du Hip-Hop. C’est donc assez intéressant.

LBVGROOVE: Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, Un mot de fin?

SHOGUN: Soyez votre Propre Changement.

 

 


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  • Naughtyprod

    Bonne interview! Le grand est dans son univers et c’est très bien. Comme il l’a dit, soyons notre proprechangement. Chacun fait son truc, le tout est d’exceller dans ce qu’on fait. Notre culture est importante et il ne faut pas la perdre de vue. Big up aux grands artisants de notre pays, big up à toutes les personnes qui aiment ce pays et qui ont de l’amour pour ce pays. En effet, on y arrivera seulement en étant un, unis tous, comme un seul homme, pour l’intérêt de tous.

  • Nanibrelle

    fière de dire que c’est mon « propre grand-frère » lool d’une simplicité sans nom! belle interview!

  • Havoc

    Tres bonne interview et très bonne reponses!!! ça faisait longtemp qu’on avait plus de news de Shogun!!! Et j’adhère complement à son mot de fin!!!

  • Ngongull

    RESPECT PAPE….

  • Micro Testa

    klk swa lendroi ou il s trouv le gaboma rest gaboma